L’AMAZONE DE ST-VINCENT

Amazona guildingii (Vigors, 1837)

 

 

N.A. Vigors donna le nom d’amazone de St-Vincent en l’honneur du peintre et naturaliste Landsdown Guilding (1797-1831), né à Kingstown sur l’île de St-Vincent.

 

Territoire: l’île de St-Vincent, appartenant aux Petites Antilles.

 

Description de l’espèce

La taille varie de 41 à 46 cm.

Mâle et femelle: la couleur générale du plumage est très variable: en plus d’un brun jaune-rouge prédominant, il y a aussi une variété de brun-vert foncé, et de surcroît, des oiseaux avec des couleurs intermédiaires entre les deux variétés. Les différences de couleur les plus nettes se retrouvent surtout sur les épaules, le dos, le croupion, les rémiges primaires et secondaires, et la poitrine. Bien que les différences de couleur soient claires et qu’elles soient évidentes même pour les novices, les instances scientifiques n’ont pas vu la possibilité de déterminer des sous-espèces.

Le front, la partie frontale de la couronne, les lores et le tour des yeux sont blanc crème, passant à l’orange pâle sur l’arrière de la couronne. Les plumes du reste de la tête et de la nuque sont vert olivâtre, teintées de bleu mat avec un fin bord noir aux extrémités. Le cou et la gorge sont orange pâle avec le bout des plumes bleuâtre. Le devant des joues est blanc crème à orange pâle; l’arrière des joues et la zone auriculaire sont bleu violet. Les plumes des épaules, du manteau, du dos et du croupion sont brun bronze ou vert foncé; les plumes supérieures de la queue sont brun bronze avec un reflet vert. La poitrine et le ventre sont brun bronze, les plumes ont un fin bord noir; le bas-ventre est tacheté de vert; les cuisses sont brun rouge ou vertes.

Le miroir alaire est orange. Les couvertures primaires sont vert foncé et ont un reflet bleu violet, les couvertures secondaires sont vertes. Les rémiges sont noires, teintées de bleu violet au milieu, et jaune orange ou vertes à la base.  Les rémiges primaires sont bleu violet, vertes au milieu et teintées d’orange à la base; les rémiges secondaires sont vert foncé pour passer au bleu violet aux extrémités. Les couvertures secondaires sont vertes à la base devenant brun orange aux extrémités. Le reste de l’aile est vert foncé, celles du dessus sont marquées de brun; pour celles du dessous, on retrouve du bleu avec un bord jaune aux extrémités. Les couvertures moyennes et les petites couvertures sont brun bronze ou vert foncé. Les petites couvertures inférieures sont brun rouge légèrement teintées de bleu, avec un liseré vert aux extrémités; les grandes couvertures et le côté inférieur des grandes rémiges sont jaunes ou verts. Les plumes de la queue sont orange jaune à la base, bleu violet au milieu et orange jaune aux extrémités. Les plumes du dessous de la queue sont vert jaune. Le bec est de couleur corne olivâtre pâle et plus foncé à la base; la cire est grise. L’œil est assez noir, l’iris est orange; autour de l’œil se dessine un petit anneau oculaire gris. Les pattes sont gris pâle, les ongles sont gris foncé.

 

Biotope

Ces oiseaux occupent les forêts tropicales du massif montagneux situé au centre de l’île.  Ils vivent à une hauteur entre 125 et 1000 m, mais les oiseaux adultes ne vont habituellement pas plus haut que 400 m. L’humidité de l’air y est d’environ 90 à 95 %. Bien que ces oiseaux vivent dans des zones de l’île à moitié défrichées, ils ne nichent pas là. La zone de reproduction principale de l’amazone de St-Vincent comporte tout bien considéré environ 43 km².

 

Etat de la population sauvage

Le couple Laidler, qui mena des recherches sur ces oiseaux dans les années 1975-1976, estimait encore le nombre d’amazones de St-Vincent à environ 1000 pièces. En 1979, notre compatriote R. van Dieten, lors d’une recherche en collaboration avec le ministère ”Agriculture and Forestry” de St-Vincent, arriva au nombre de 500 environ. Après l’éruption du volcan Soufrière un peu plus tard cette année-là, la population diminua considérablement. Heureusement, la population se reconstitua sensiblement les années suivantes. Le “Forestry Department” de St-Vincent estime actuellement le nombre d’amazones de St-Vincent à l’état sauvage à quelques 550 exemplaires.

 

Le déboisement conséquent aux activités de l’homme est indubitablement le plus grand facteur du recul de l’espèce. Une autre cause importante de la diminution menaçante de l’amazone de St-Vincent est son espace de vie réduit.

L’espèce, comme je l’ai déjà mentionné, se retrouve uniquement à St-Vincent, une île de même pas 350 km2. Il y a assez d’exemples qui démontrent que des populations d’oiseaux qui vivent sur des îles si petites sont particulièrement vulnérables. La diminution de la qualité du milieu vital, de par les ouragans et les éruptions volcaniques et le déboisement allant de pair ont certainement contribué au recul du nombre d’amazones de St-Vincent.

Ses ennemis naturels en tant que prédateurs ont aussi une influence sur la grandeur de la population de cette espèce d’amazones. Le prédateur le plus important ce cette amazone est l’opossum (Didelphis marsupialis ). Celui-ci opère surtout pendant la période de nidification et vole les œufs et les jeunes pour les manger. La petite buse (Buteo platypterus) est aussi un prédateur connu des jeunes amazones de St-Vincent.

Les serpents et l’emprise de l’homme de par l’introduction de rats en provenance des navires (Rattus rattus) ont vraisemblablement également contribué à la diminution sévère de cette espèce d’oiseau. L’emploi d’insecticides dans les plantations de bananes peut aussi être cité.

Bien que l’amazone de St-Vincent soit strictement protégée, un certain nombre est encore toujours attrapé illégalement et vendu à des prix exorbitants. Ces oiseaux sont aussi capturés par la population locale pour leur consommation personnelle. Tout bien considéré, les prévisions pour cet oiseau imposant ne sont pas excellentes. On s’attend à ce que – si des mesures adéquates ne sont pas prises – l’amazone de St-Vincent disparaisse dans le futur.

CITES Appendix I

 

La règlementation européenne en matière de détention et de commerce d’espèces d’animaux et de plantes menacées à l’état sauvage.

L’amazone de St-Vincent est reprise dans l’Annexe A du Règlement Européen de Base. Dans le Règlement de Base (EG) nr. 338/97, les règles sont établies pour l’importation, l’exportation, la réexportation, le transit, le transfert de propriété et les transactions commerciales.

 

Mode de vie

Les amazones de St-Vincent ont une préférence marquée pour les forêts vierges impénétrables. Ils semblent aimer la compagnie car plusieurs couples d’amazones de St-Vincent peuvent vivre paisiblement en groupes de vingt à trente individus. Les oiseaux recherchent leur nourriture par couple ou en petits groupes, en s’appelant continuellement par des cris stridents. Leur alimentation se compose de fruits, baies, graines et de fleurs riches en nectar de différentes espèces d’arbres parmi lesquels les Dacryodes exelsa, Pouteria multiflora, Inga laurina, Licania ternatensis et Calophyllum calaba. Surtout les fruits du Pouteria multiflora et la chair sucrée fibreuse du Manikara bidentata sont principalement appréciés.

 

La période de reproduction dans la nature commence à la fin de la période sèche en mars/avril et dure jusqu’en août.

Le nid se trouve dans une cavité haut dans l’arbre. Les oiseaux semblent avoir une préférence accrue pour un arbre résineux Dacryodes exelsa, une espèce d’arbre qui – lorsqu’il vieillit – a tendance à devenir creux. Une petite cavité déjà existante dans un tronc d’arbre ou dans une grosse branche latérale en train de se décomposer est agrandie par les oiseaux de telle manière qu’ils puissent y accéder. On a découvert des nids à presque 15 m du sol, mais également jusqu’à 20 m. La ponte compte habituellement deux œufs, très rarement trois. La durée de couvaison est d’environ 25 jours.

 

Aviculture

Le nombre d’amazones de St-Vincent détenu en captivité est restreint. Avec les oiseaux détenus légalement en captivité, un programme intensif d’élevage a été mis en place dans le but d’éviter l’extinction de l’espèce.

En 1972, leur reproduction en élevage a été tentée pour la première fois au parc animalier de Houston au Texas. Les deux œufs furent pondus le 28 mars et le 1er avril. Seul un œuf semblait fécondé. La femelle couvait seule. Le 23 avril, l’œuf était fêlé, le 25 avril, le jeune naquit. Après quatorze jours, les yeux s’ouvrirent. Le jeune fut élevé sans problème par les deux parents. Soixante-sept jours après la naissance, le jeune s’envola.

 

William T. Miller, un biologiste américain, qui fut délégué dans les années soixante par les autorités américaines pour la recherche à St-Vincent, rassembla entre 1968 et 1970 dix amazones de St-Vincent sauvages pour un programme de reproduction en captivité. A son retour et lors de sa mise à la retraite, il fonda, aux Barbades, le « Wildlife Research Project ». En 1976, Miller réussit à obtenir deux jeunes. L’année précédente, il avait déjà eu deux jeunes mais ils sont malheureusement morts d’infection par mycoses alors qu’ils avaient 40 jours. En 1983 et 1985, il obtint à nouveau deux jeunes.

Selon Miller, les amazones de St-Vincent sont mâtures dans leur cinquième année. Dès qu’ils sont en condition de reproduction, ils ne tolèrent plus d’autres oiseaux dans leur entourage.

En règle générale, les amazones de St-Vincent pondent deux œufs une seule fois par an en volière. Chez Miller aux Barbades, cela se passe en mars et les jeunes sortent du nid en juin. Pendant la période de reproduction, les oiseaux sont très sensibles au dérangement. Au moindre bruit qu’ils perçoivent, ils quittent le nid. Pour ces oiseaux, Miller conseille d’utiliser des nids avec des parois très épaisses et d’éviter les activités autant que possible à proximité des oiseaux pendant la période de reproduction. La femelle couve seule et commence habituellement à couver après la ponte du deuxième œuf. La couvaison dure 25 jours. Lorsque les jeunes quittent le nid, ils sont encore nourris par les parents pendant trois semaines environ jusqu’à leur sevrage.

Les amazones de St-Vincent se baignent volontiers et aiment aussi être vaporisées.

 

En 1981, R. Noegel, propriétaire du “Life Fellowship Bird Sanctuary” en Floride (USA) reçut de Miller huit amazones de St-Vincent, quatre sauvages et quatre élevés par lui-même. Environ six mois plus tard, il put enregistrer son premier résultat de reproduction.

Au niveau mondial jusqu’en 1982, seules six amazones de St-Vincent ont pu être reproduites.

 

Dans les années 1983 et 1984, la station d’élevage du “Carribian Wildlife Preservation Trust”, établie en Dominique, enregistra quelques succès remarquables: six jeunes amazones de St-Vincent au total. Un jeune provenait d’une des trois femelles avec lesquelles le parc d’oiseaux à Walsrode (actuellement Weltvogelpark Walsrode) participa à ce programme d’élevage.

Dans la station d’élevage du “Caribbian Wildlife Preservation Trust”, les amazones de St-Vincent reçoivent journellement des mélanges de légumes et de fruits suivants délivrés en quantités égales: morceaux d’épis de maïs pas encore mûrs à l’état laiteux, concombre, haricots mange-tout, morceaux de carottes, poivron, avocat, ananas, orange, raisin, pastèque et melon, papaye, mangue, banane et banane farineuse (platano). Et en complément à ce régime varié de fruits et de légumes, on ajoute chaque jour une cuillère à café de graines de tournesol germées par oiseau.

Quand il y a des jeunes, chaque oiseau reçoit en plus un tiers d’un œuf cuit dur, finement écrasé et mélangé avec un peu de chapelure auquel on ajoute encore une préparation de minéraux.

 

In 1988, Noegel eut de nouveau trois jeunes.

Malgré tous les efforts, les amazones de St-Vincent vivant en volière n’ont pas encore atteint une population stable et viable. Mais qui sait, cela viendra peut-être encore. Dans tous les cas, c’est un bon début.

 

A ma connaissance, il n’y a en Europe que deux parcs d’oiseaux où on peut admirer l’amazone de St-Vincent: “Jersey Wildlife Preservation Trust” et “Bird Paradise” à Cornwall; jusqu’il y a quelques années, également au parc d’oiseaux à Walsrode, mais les oiseaux qui y étaient présents participent maintenant au programme d’élevage du “Caribbian Wildlife Preservation Trust”.

A Walsrode, les oiseaux étaient logés dans une grande volière extérieure avec un abri de nuit dans lequel la température ne descend pas sous les 10 degrés Celsius durant la période hivernale. Dans les trois parcs, on est arrivé au stade de la ponte mais à ce que je sais, aucun résultat de reproduction n’a été atteint. Espérons que cela réussisse aussi en Europe et qu’on arrivera à préserver ces magnifiques oiseaux de l’extinction.

 

Mutations: aucune

 

Texte: H.W.J. van der Linden